" Terre adolescente " - Recueil de poèmes, édition France Libris, 2015

Recueil de poèmes 2015 - Jeanne Champel Grenier

 

C'est si beau

Je me crois parfois
Le matin au réveil
Entre nuit et lumière
Quelque part
Au loin sur la terre
Et ma vie soudain
Va recommencer
Rien n’est dit
Rien n’est écrit

Pas de crayon
Pas de papier
Les arbres même
Sont à planter
Une encre bleue
Comme les cieux
M’emplit le cœur
De blancs nuages
C'est si beau...
Ne pas bouger

Diapositive1 63
 

 

Les Guenilles d’or

Il faisait déjà nuit.
Prostrés devant la mer
Qu’ils venaient de quitter
Ils avaient fait un feu
Avec du bois flotté
Sur du papier froissé
Et quelques herbes sèches...

Ils n’étaient plus que deux
Elle et lui, bien serrés,
Pieds nus, poches vidées
La braise les chauffait
Et sentait le fourneau
De la mère et du père
Là-bas, où l’on grillait
Des poivrons, de l’agneau...

 

Une lumière (Una luz)

Il y avait une lumière
Sur sa peau blanche
Du mimosa fleurissait
Sur ses hanches
Un peu de vent
Par instant
Inclinait la tulipe claire
Qu’elle tenait
Entre ses doigts
Et la tulipe
Était une lumière
Sur la soie
De sa jupe blanche
Qui dessinait
À ses pieds
Une ombre
Un peu bleue
Comme les cieux
Mais surtout blanche...
Plutôt une lumière...

Hommage à la beauté de ma mère en sa jeunesse.
(traduit en espagnol par Camille Vinot)
Publié dans la revue Florilège - Les Poètes de l’Amitié

 



Mais ils n’avaient pas faim
Ni de pain, ni de rien
Juste de liberté
Leur vie était dehors...

 

Les flammes, dans la nuit
Éclairaient leurs guenilles
D’étranges franges d’or...

 

 

 

 


 

Habia una luz
Sobre su piel blanca

Florecia mimosa
Sobre sus caderas
Un poco de viento
Por memento
Inclinaba el tulipan claro
Que tenia
Entre sus dedos
Y el tulipan
Era una luz
Sobre la seda
De su falda blanca
Que dibujaba
A sus pies
Una sombra
Un poco azul
Como los cielos
Pero sobretodo blanca...
Mas una luz...

 

Amazonie

Il demande pardon aux fleurs
Quand il les coupe
Pour s’en faire un collier
Il demande pardon à l’oiseau
Quand il se pare de ses plumes
Il demande pardon aux arbres
Pour creuser sa pirogue
Il demande pardon au pécari
Qui cuit avec le riz

 

 

 

 

 

Un lieu de paix

Un lieu de paix noyé de bleu
Où  reposent tous les soleils
Si tendrement vient le sommeil
Que l’on n’a pas besoin de feu

C’est un pays d’amour tranquille
Où les hivers sont silencieux
Et libérés comme des îles
Toutes fleuries de nos adieux

 

 

Et la vie pardonne tout
Sauf la folie des tronçonneuses
La furie des abatteuses
La hargne des élagueuses
Qui étranglent la paix
Du peuple d’harmonie...
Il escalade l’échelle du silence
Jusqu’à sa hutte de branches
Et continue à apprendre
Le chant du toucan à ses enfants

 

 

 

 

 


C’est une terre d’espérance
Où viennent boire les palombes
Un très grand calme s’y balance
Et plus jamais la nuit ne tombe

Un lieu de paix noyé de bleu
Où  reposent tous les soleils
Si tendrement vient le sommeil
Qu’un peu de ciel dort dans les yeux.

Recension de Claude Luezior pour la revue Florilège : Terre adolescente, de Jeanne Champel Grenier-France Libris, 2015

Découvrir les vers de Jeanne Champel Grenier, c'est un peu tendre vers ce lopin d'enfance tout au fond de nous, vers cette lumière où se nourrit l'adolescent perpétuel qu'est le poète. C'est reculer nos limites apparentes, celles de l'adulte, pour  retourner à nos sept ans où notre amour tenait / Dans un mouchoir de poche. Depuis, pour le ravi, le rêveur et l'artiste, demain tient dans la main ;  Dans le bassin / C'est Noël / Pour les grenouilles / Qui  croient très fort / Aux vers luisants. Choses petites mais essentielles, donnant la couleur au monde, la profondeur aux êtres, la texture aux jours naissants. Capacité de l'auteur à partager Les blancs nuages assis sur la lumière, (...) le rire des vieux cailloux, (...) quand, à Grasse, même le silence / Qui se donne contenance / Sort des flacons et embaume la nuit.
Itinéraire du beau sur terres de Provence, mais aussi au Grand Nord où le gel se porte en bandoulière. Le poète (la poétesse), d'ailleurs, est sensible aux cris du malheur, aux voix des humiliés, à la Petite Rom chez laquelle tout est écrit dans ses yeux verts, (...) aux babouchkas et à leurs lèvres gercées. Jeanne s'indigne quand un jour prématuré / Vient de naître (...) et que Des boucliers / ont hurlé : Dehors ! / Aux hors-la-loi.
L'humour tendre n'est pas absent : en une manière de fable, l'auteur déclare tout de go : C'était bien beau d'avoir inventé la pomme / Mais pour le ver, fallait pas (...) J'y pense... / Et si la pomme n'était là /  Que pour le ver ? Et de conclure : Car c'est toujours le ver / Qui a raison de l'homme!

Voix terrienne, penchée vers le soleil, dans l'arc-en-ciel des découvertes, mais voix adolescente toujours renouvelée, dans le combat contre le vil, le veule et l'injustice.
Recueil fruité, parfois acidulé tel un bonbon d'enfance (Proust avait bien sa madeleine!), dont l'illustration de couverture est une élégante aquarelle inspirée par Chagall. C'est que Champel Grenier tient le pinceau aussi haut que la plume. Double sensibilité où l'on sent un pincement / Dans un endroit du cœur / Où l'on n'a pas l'habitude de pleurer.
Rassurons-nous : On n'a pas trop à craindre / De l'envol des poètes / Car eux-mêmes, au fond / Se demandent comment / Attacher leurs chimères / Aux crinières du vent (...) Ce sont des migrateurs / Des terres d'émotion / Ils volent au plus haut / À frôler le vertige...
Albatros de Baudelaire ou lumière amoureuse d'un Chardin caressant les objets de tous les jours ? Vertige ou rayon d'espérance ?
Frénésie de l'image et bienfaits du mot, tout à la fois.

Claude Luezior
Contact : cluezior@tahoo.fr 
Site :  claudeluezior.weebly.com       
 
   

Commentaires (1)

Michel LAGRANGE
  • 1. Michel LAGRANGE | 07/03/2017
''La curiosité est un très bon défaut. J'ai voulu lire ''Terre Adolescente'' et j'y ai trouvé le style de Jeanne . Elle écoute des voix ! Elle voit des anges...Il y a des poètes naïfs, comme il y a des peintres naïfs. Ce qui veut dire naturels, profondément simples. Il y a dans ce recueil un hymne perpétuel à la beauté, à la bonté, à la sensualité encore en son enfance. Un hommage aux cinq sens, à l'imagination, à l'évasion entre deux eaux, celle du sourire amoureux et celle, plus tranchée, de la misère humaine. On déplie la chambre, on s'évade et tout le monde s'ouvre... Et c'est joliment dit, dans un mouchoir de poche où tient le monde entier. On est en adolescence, à toute heure, celle de la poésie, mais quelquefois au bord des larmes. Car le chagrin donne à lui seul un relief au plaisir. Il y a de l'humour, concernant ''La Pomme ou l'Oiseau'', à la Prévert, autre sentimental !
Merci Jeanne pour ces couleurs qui savent l'essentiel...en ciel, évidemment... Et l'amitié le sait !
(lettre adressée à Jeanne le 22 juin 2015)
Michel Lagrange
lagrange.michel@orange.fr      

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