Souvenirs d'enfance

Diapositive1 22

LE POT DE L'AMITIÉ (Extrait)

Tu le savais toi, que ce rocher allait tomber ?
Tu le savais qu'il allait s'écraser ? Parle ! Combien de fois tu l'as regardé là-haut, en suspend ? Si tu t'en étais douté, tu l'aurais dit ; sûr que tu en aurais parlé ! Tu aurais dit « ce rocher menace de tomber ! ». Tu ne serais plus passé sur cette route, dis-le que tu aurais pris l'autre, la plus longue !

Cette antique et belle route qui vit passer Hannibal et ses éléphants ; tu l'aurais suivie et elle t'aurait suivie.

Toi, tu revenais du boulot ; les copains buvaient un coup : le pot de l'amitié ! Toi, tu as dit « Ma femme m'attend... et les enfants... une autre fois... Ciao ! ».

Tu t'es dit « Peut-être que j'aurais dû rester... juste un verre... pour marquer le coup... un départ à la retraite, pauvre Jojo, crevé comme il est... ah ! J'aurais dû... une bonne tape dans le dos, un adieu, quoi ! »

Tu vois, tu as du y penser le temps d'un éclair : le pot de l'amitié, faut jamais le laisser passer !

À une minute près, tu passais juste. Et le rocher s'écroulait à côté. Et qui sait même s'il serait tombé !

« C'est le destin ! » ils ont dit. Le destin ? il a bon dos... un rocher de cent tonnes d'après les journaux !

Cent tonnes pour un seul gars qui passe à moto , de retour du boulot et qui en a déjà plein le dos du travail de nuit, de jour, de nuit... les 3/8 !

Tout ce cirque pour se préparer à la nuit de tous les 8 à l'infini !

« Madame, il va falloir être courageuse...votre mari est mort sous un éboulement... »

Toute blanche, elle s'évanouit... c'est la nuit pour toute la famille, sous le rocher de cent tonnes, et ça n'étonne personne. Pensez... On le savait ce rocher : tout le monde le savait « Un jour, il va tomber ! » Voilà, c'est ça une prédiction, pré-diction : qui coupe la parole mais sans prévenir.

Une prédiction de cent tonnes, bon sang, ça s'impose ! On s'y oppose, on le dépose ailleurs quoi !

Et bien non ! Ce rocher attendait quelqu'un, en particulier !

Quelqu'un qui aurait « bon dos » pour endosser le destin.

Et ce fut Toi ! Toi, si courageux, si brave, ça ne m'étonne pas ; au moindre empêchement, tu disais toujours « C'est pas ça qui m'arrêtera ! » Présomption... d'innocence, sans doute.

Ah ! mon père, grâce à toi, je traine sur le chemin du retour, je fais des détours,  je m'éternise à tous les carrefours et à tous les pots de l'amitié. Ma vie, depuis ?... les 3/8 de l'amitié ! Et j'en suis fière ; je bois à ta santé, à Hannibal, aux éléphants, à toi là-haut sur le rocher de Saint Pierre... Par pitié, ne passe pas dessous, reste avec les copains. Nous, on peut attendre maintenant.

Commentaires (1)

Michel LAGRANGE
  • 1. Michel LAGRANGE | 14/03/2017
Je n'ai pas résisté à la tentation ! Bien m'en a pris ! J'ai dévoré... les Pains-padelle et les beaux jours enfin. Quelle mémoire ! Bel exercice de fidélité ! Décidément « la Jeanne » a un œil auquel rien n'échappe ! 45 sens en éveil constants.
Quel appétit de vivre, de revivre, de survivre !
Les quatre saisons du corps, de l'esprit et du cœur; sans oublier les hors saisons, les diables et tout leur saint frusquin : le Clovis, la Rafaniaoude, le Keller, mais aussi les chats tamponnés... la Croëzie...
Un bel hommage aux vivants et aux morts, aux disparus qui ne mourront pas tout à fait parce qu'ils sont entre ces pages.
Quant à l'Age de raison, il est toujours, passion oblige, un âge émerveillé, conscience tranquille et cœur aimant.
Bilan tout positif en somme !
Bravo Jeanne ! Et merci de ces balades et ballades ;
Affectueusement
(Lettre adressée à Jeanne, 26 septembre 2016)
Michel

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